Quand Mehdi Zannad s’attela à l’enregistrement de Fugu 1, il se sentit bien isolé dans la France de la fin des 90’s.

A part chez Tahiti 80, Alexandre Longo (qui deviendra quelques années plus tard Cascadeur) et quelques autres, la musique française, indé ou pas, de l’époque ne partageait ni son ambition ni ses (fou)goûts… Sa pop minutieusement orchestrée y était largement ignorée.

Ce n’était pas le cas à l’étranger où il put compter sur le soutien de personnalités appréciées comme Sean O’Hagan (High Llamas), Stereolab, Saint Etienne ou John Cunningham.

Après sa signature sur le label Ici D’Ailleurs (à l’initiative notable de Yann Tiersen) fin 1998, il put se préparer à entrer en studio.

Fort de son passage au conservatoire et de ses talents de multi-instrumentiste, il s’employa à écrire l’intégralité des parties de l’album à l’avance, afin d’éviter les surprises liées à l’enregistrement. Elles s’avèreront pourtant nombreuses!  Ainsi, à une époque où trouver un piano dans un studio français était extrêmement rare, il dût véritablement lutter pour réaliser son album tel qu’il l’avait imaginé avec du clavecin, du clavinet, du wurlitzer, des cordes…

On welève assurément sur Fugu 1 les influences Brian Wilsonesques et Beatlesiennes de Mehdi Zannad, mais Fugu 1 est avant tout un album européen, composé essentiellement en Roumanie, loin de l’Angleterre britpop.

Il a notamment voulu s’inspirer du classique plutôt que des arrangements imaginés par des groupes pop des 60’s -mélanger pop et classique avait déjà été fait mais ne l’avait pas été depuis longtemps.

Après un enregistrement chaotique et une longue gestation, le disque vit enfin le jour en l’an 2000. Ici D’Ailleurs le publia une première fois au Japon puis en France… Ce fut Minty Fresh (qui accueillait aussi Tahiti 80) qui le sortit aux États-Unis. Il y eut des rencontres avec le mythique label Creation pour le publier en Angleterre mais ce fut finalement For Us, un sous label de Rough Trade, qui le fit (uniquement en vinyle).

On retrouve sur l’album quelques instrumentaux, mélanges de pièces de musique contemporaine et d’expérimentations Beachboysiennes. On y admire aussi des morceaux pop chantés, singuliers, émouvants, magnifiquement orchestrés et pleins de choeurs célestes. Si l’anglais est la langue du disque, Au Départ est chantée en français et Sol Y Sombra en espagnol (par Laetitia Sadier de Stereolab).

Aussi, la majeure partie des chansons porte le nom d’un instrument de musique inventé (Pianolyre, Clavipluck, Grand Celesta…), instruments que Mehdieu s’imaginait pouvoir trouver dans le magasin du vendeur de pianos des Demoiselles De Rochefort…

Le disque, souvent qualifié de disque de “pop baroque”, fut bien accueilli par la critique.

Cependant, quelques années plus tard, insatisfait du résultat final, Mehdi Zannad décida de faire remixer et remasteriser l’album par Tony Lash (qui lui avait été recommandé à l’époque du premier Fugu 1 par Creation puis plus tard par Tahiti 80).

Mehdi trouvait que l’original sonnait trop lo-fi, qu’il ne rendait notamment pas justice aux arrangements, qu’il manquait de clarté et aussi de “groove”.

Sur cette version retravaillée, le spectre sonore change, on entend mieux chaque instrument, le son est plus précis, plus moelleux, plus dynamique…

C’est donc cette nouvelle version de Fugu 1 qui est publiée en 2014 par WeWant2Wecord, quasiment au même moment où le label Born Bad sort les premiers albums de Julien Gasc et de Dorian Pimpernel, musiciens pour qui Fugu 1 est une référence.